Les comparateurs

Cortinaire violet ou pied bleu : le violet qui se mange et celui qui non

Pied bleu au chapeau lisse et cortinaire violet au chapeau feutré sombre côte à côte

Le violet est rare chez les champignons, ce qui fait qu’on se réjouit un peu vite quand on en trouve un. Deux espèces se ressemblent de loin, et une seule finit dans la poêle.

Bonne nouvelle, elles se séparent en trois secondes une fois qu’on sait où regarder.

Deux violets, deux genres

Le pied bleu est un tricholome au sens large, un champignon charnu de fin d’automne, excellent comestible bien cuit, qui pousse en troupes dans les feuilles mortes et les tas de compost.

Le cortinaire violet est un cortinaire, c’est-à-dire un membre d’un genre qui compte plusieurs centaines d’espèces et quelques tueuses. Il est bien plus sombre, plus rare, et sans intérêt culinaire.

Le tableau comparatif

CritèrePied bleuCortinaire violet
Nom latinLepista nudaCortinarius violaceus
Couleur généraleLilas à violet clair, brunissantViolet très sombre, presque noir
Surface du chapeauLisse, un peu grasseFeutrée, écailleuse
CortineAbsentePrésente chez les jeunes
Lames âgéesRestent lilas puis beigesDeviennent brun rouille
SporéeRose pâleBrun rouille
OdeurFruitée, parfuméeFaible, bois de cèdre
HabitatFeuilles mortes, composts, haiesSols acides, conifères et bouleaux
Comestibilité✅ Comestible bien cuit⚠️ À éviter

La cortine, le caractère qui règle tout

La cortine est un voile fait de fils très fins, comme une toile d’araignée, tendu entre le bord du chapeau et le pied chez les jeunes exemplaires. Elle donne son nom au genre Cortinarius.

En séchant, elle se rompt et ses restes retiennent les spores, laissant sur le pied une zone annulaire brun rouille bien visible. Le pied bleu n’a rien de tel : son pied est nu de haut en bas.

Cherchez donc cette toile chez les jeunes, ou cette bague rouillée chez les adultes. Si vous la trouvez, reposez le champignon.

La surface du chapeau

Chapeau lisse et pied nu face à chapeau feutré et cortine
La cortine est le signal d’arrêt : si vous la voyez, reposez le champignon.

Le critère le plus rapide de loin. Le pied bleu a un chapeau lisse, régulier, un peu gras au toucher par temps humide, d’un lilas qui pâlit vers le beige avec l’âge.

Le cortinaire violet a un chapeau feutré, presque velouté, hérissé de fines mèches qui accrochent la lumière, et d’un violet si sombre qu’il paraît noir à l’ombre. On dirait deux matières différentes, pas deux nuances.

À 5 mètres

Le pied bleu paraît clair et brillant. Le cortinaire violet paraît noir mat.

Dans la main

Chapeau lisse et un peu gras contre chapeau feutré et sec.

Retourné

Lames lilas et pied nu contre lames qui rouillent et pied à bague brune.

La couleur des lames en vieillissant

Chez le pied bleu, les lames restent lilas longtemps, puis passent au beige rosé. Sa sporée est rose pâle, ce qui explique cette évolution douce.

Chez le cortinaire violet, les lames violettes se chargent progressivement de spores brun rouille et finissent franchement rousses. Un vieux cortinaire violet a des lames couleur cannelle sur un chapeau presque noir, ce qui ne ressemble plus du tout à un pied bleu. La fiche du cortinaire violet.

Pourquoi le genre entier pose problème

Le cortinaire violet n’est pas dangereux en lui-même, et plusieurs ouvrages le donnent comestible médiocre. Le problème n’est pas lui, c’est ce qu’il représente.

Le genre Cortinarius contient le cortinaire couleur de rocou et le cortinaire très joli, dont l’orellanine détruit les reins avec un délai de trois à vingt jours. Ce délai est tel qu’on ne fait même pas le lien avec le repas. Les espèces se comptent par centaines et beaucoup demandent le microscope.

La règle raisonnable pour un amateur tient en une phrase : on ne ramasse pas de cortinaire. Apprendre à reconnaître la cortine sert donc moins à identifier une espèce qu’à savoir quand s’arrêter. La fiche du pied bleu.

  • Pas en lui-même, certains ouvrages le donnent comestible médiocre. Nous le déconseillons parce qu’il appartient à un genre contenant des espèces mortelles à effet retardé et qu’il n’a aucun intérêt gustatif.

  • Sur un jeune exemplaire, c’est un voile de fils très fins entre le bord du chapeau et le pied. Sur un adulte, il en reste une zone brun rouille sur le pied.

  • Non. Il contient des composés qui disparaissent à la cuisson et il doit être bien cuit, comme la quasi-totalité des champignons sauvages.

  • Le laccaire améthyste est bien plus petit et plus grêle, avec des lames épaisses et espacées, et il devient très pâle en séchant. Il n’a pas la carrure du pied bleu ni la noirceur du cortinaire violet.

  • Sur sols acides et pauvres, sous épicéas, pins, bouleaux et hêtres, souvent dans la mousse. Il reste peu fréquent et régresse dans plusieurs régions.

  • Rose pâle pour le pied bleu, brun rouille pour le cortinaire violet. Une sporée sur papier blanc tranche définitivement si le doute persiste.

Ce comparatif décrit des critères d’observation, il ne remplace pas une identification. Faites vérifier votre récolte par un pharmacien formé à la mycologie ou par une société mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, et surtout s’ils apparaissent plus de six heures après, appelez le 15.