
Sur cette page
Le cèpe d’été (Boletus reticulatus) et le cèpe des pins (Boletus pinophilus) sont les deux cèpes que l’on croise avant le cèpe de Bordeaux, dès le mois de mai. Ils partagent le pied ventru, les pores blancs qui jaunissent et la chair blanche immuable, donc la même sécurité à table. Mais ils ne poussent pas sous les mêmes arbres, ne se conservent pas de la même façon, et le cueilleur qui sait les distinguer sait surtout où revenir : le premier annonce une chênaie de plaine productive, le second une forêt de montagne à retenir pour l’automne.
La saison ne suffit pas
On lit souvent que le cèpe d’été est celui de juin et le cèpe des pins celui de l’automne. C’est à moitié vrai. Le cèpe des pins a deux pousses : une première en mai et juin, souvent la toute première de l’année en montagne, et une seconde de septembre à novembre. Le cèpe d’été, lui, peut sortir jusqu’en septembre les années chaudes. Entre mai et juillet, les deux espèces cohabitent donc sur le calendrier, et seuls les critères de terrain permettent de les nommer.
Reconnaître le cèpe d’été
Le cèpe d’été porte un chapeau brun clair, beige ou noisette, à la surface mate, sèche et veloutée. Par temps sec, cette cuticule se fendille en petites plaques, comme une terre craquelée, et laisse voir la chair blanche entre les fissures : c’est son signe le plus parlant. Le chapeau atteint 8 à 20 cm.
Le pied est beige à brun clair et se couvre d’un réseau blanc en relief sur toute sa hauteur, de la base au sommet, bien plus étendu que chez les autres cèpes. La chair est blanche, immuable, mais assez molle et rapidement envahie par les larves : un cèpe d’été de trois jours est souvent déjà perdu. Il pousse sous les feuillus, surtout les chênes, les hêtres et les châtaigniers, sur des sols chauds de plaine et de collines.
Reconnaître le cèpe des pins
Le cèpe des pins se reconnaît à son chapeau brun rouge, acajou ou lie-de-vin, souvent bosselé et irrégulier, à la surface mate qui devient un peu collante sous la pluie. Il est plus massif que le cèpe d’été, avec un chapeau qui peut dépasser 25 cm sur un pied très épais.
Le pied est brun rosé à brun rougeâtre, et son réseau prend la même teinte rougeâtre, surtout dans le tiers supérieur. La chair est blanche, ferme et immuable, avec une ligne vineuse juste sous la cuticule, visible à la coupe. L’espèce vit avec les conifères (pins, épicéas, sapins) et parfois les hêtres, en montagne et sur les sols acides couverts de myrtilles ou de mousse.
Les critères qui tranchent

Trois critères se lisent en quelques secondes. Le chapeau : beige noisette et craquelé pour le cèpe d’été, acajou bosselé pour le cèpe des pins. Le réseau du pied : blanc et présent partout chez l’un, rougeâtre et concentré au sommet chez l’autre. L’arbre enfin : chêne, hêtre ou châtaignier d’un côté, pin ou épicéa de l’autre. Le schéma ci-dessus résume ces trois points.
Un quatrième indice se confirme au couteau : la chair du cèpe des pins montre une teinte vineuse sous la peau du chapeau, alors que celle du cèpe d’été est blanche jusqu’au bord.
Les erreurs à éviter
Se fier au seul mois
Un cèpe de juin sous un épicéa d’altitude est presque toujours un cèpe des pins. Un cèpe de septembre sous un chêne de plaine est plutôt un cèpe d’été ou déjà un cèpe de Bordeaux. L’arbre compte plus que la date.
Confondre craquelé et vieux
Les craquelures du cèpe d’été apparaissent aussi sur des sujets jeunes et sains : c’est un caractère de l’espèce, pas un signe de vieillesse. Un chapeau ridé mais lisse est en revanche celui du cèpe des pins.
Garder un cèpe d’été trop mûr
Sa chair molle est la première colonisée par les larves. Coupez le pied dès la cueillette : s’il est percé de galeries, laissez-le sur place pour qu’il disperse ses spores.
Reste le piège commun à tous les cèpes : le bolet amer, à pores rosés et réseau brun foncé, qui pousse aux mêmes endroits que le cèpe des pins et rend une poêlée immangeable. Un petit morceau cru goûté puis recraché lève le doute.
Où les trouver ?
Le cèpe d’été est le cèpe des chênaies chaudes de plaine, des lisières et des parcs, de la Bretagne au Sud-Ouest, dès que les orages de mai ou de juin ont détrempé le sol. Cherchez-le sous les vieux chênes isolés, dans l’herbe, en pleine lumière. Le cèpe des pins demande de la montagne ou de l’altitude : Alpes, Pyrénées, Vosges, Jura, Massif central, Landes sur sable acide, sous pins sylvestres et épicéas, dans les tapis de myrtilles. Il descend rarement en plaine calcaire.
Dans les deux cas, comptez huit à douze jours après une grosse pluie suivie de douceur, et revenez sur les mêmes stations : les deux espèces sont fidèles à leurs arbres d’une année sur l’autre. Une chênaie qui a donné des cèpes d’été en juin redonne souvent des cèpes de Bordeaux en octobre, et une pessière à cèpes des pins au printemps en refournit à l’automne.
L’astuce simple pour ne pas se tromper
- Levez la tête. Chêne, hêtre ou châtaignier : cèpe d’été probable. Pin, épicéa ou sapin : cèpe des pins probable.
- Regardez le pied. Réseau blanc de haut en bas : cèpe d’été. Réseau rougeâtre au sommet : cèpe des pins.
- Coupez le chapeau. Chair blanche jusqu’à la peau : cèpe d’été. Ligne vineuse sous la cuticule : cèpe des pins. Dans les deux cas, la chair ne doit jamais bleuir.
Le mémo à emporter
| Critère | Cèpe d’été | Cèpe des pins |
|---|---|---|
| Nom latin | Boletus reticulatus (B. aestivalis) | Boletus pinophilus |
| Chapeau | Brun clair, beige noisette, mat et velouté, se craquelle par temps sec | Brun rouge acajou, bosselé, mat, un peu collant par temps humide |
| Pied | Réseau blanc en relief sur toute la hauteur | Réseau brun rosé à rougeâtre, surtout au sommet |
| Chair | Blanche, assez molle, vite habitée par les larves | Blanche, ferme, teinte vineuse sous la cuticule |
| Arbres | Feuillus : chênes, hêtres, châtaigniers | Conifères : pins, épicéas, sapins, parfois hêtres en montagne |
| Sol et altitude | Plaine et collines, sols chauds | Montagne, sols acides, landes à myrtilles |
| Saison | Mai à septembre | Deux pousses : mai à juin, puis septembre à novembre |
| Comestibilité | Excellent, à cueillir très jeune | Excellent, chair qui tient bien à la cuisson |
FAQ rapide
-
Jeune, oui, avec un goût plus doux. Sa chair molle vieillit vite et se conserve mal : il se mange dans les deux jours, frais.
-
Non. Malgré son nom, il vient aussi sous les épicéas, les sapins et parfois les hêtres de montagne, toujours sur sol acide.
-
Rarement. Le cèpe d’été aime la plaine et les feuillus, le cèpe des pins la montagne et les conifères. Une forêt mixte de moyenne altitude peut abriter les deux, à quelques dizaines de mètres.
-
Aucun bolet toxique ne leur ressemble vraiment. Le bolet amer les imite mais n’est qu’immangeable. Un bolet à pores rouges ou à chair bleuissante n’est pas un cèpe.
-
Souvent le cèpe des pins, en montagne dès mai, suivi de près par le cèpe d’été en plaine. Le cèpe de Bordeaux arrive plus tard, à partir de fin août.
Ces deux cèpes sont d’excellents comestibles, mais leur identification suppose d’avoir vérifié les pores blancs à jaunes, la chair blanche qui ne bleuit pas et la saveur douce. Un bolet à pores rouges ou à chair qui bleuit n’est pas un cèpe. Ne consommez que des sujets sains et bien cuits. En cas de malaise après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.