Les comparateurs

Clitocybe nébuleux vs entolome livide : le duo gris de l’automne

Clitocybe nébuleux à gauche et entolome livide à droite, côte à côte sur un tronc moussu en forêt de feuillus

Fin octobre, dans une hêtraie ou sous les charmes, deux gros champignons gris se ressemblent à s’y méprendre. Le premier, le clitocybe nébuleux, remplit encore beaucoup de paniers. Le second, l’entolome livide, détient avec l’amanite phalloïde le record du nombre d’intoxications déclarées en France. Ils poussent aux mêmes endroits, à peu près à la même période, et ont la même silhouette trapue de gros champignon charnu.

La bonne nouvelle, c’est que la différence se lit sans loupe, sur le dessous du chapeau. La mauvaise, c’est qu’il faut penser à regarder. Voici ce qui les sépare, dans l’ordre d’importance.

CritèreClitocybe nébuleuxEntolome livide
Nom latinClitocybe nebularisEntoloma sinuatum
ChapeauGris cendré, un peu gras au toucher, 8 à 20 cmBlanc sale à gris jaunâtre, sec et lisse, 6 à 15 cm
LamesCrème à jaunâtres, serrées, descendant sur le piedBlanches puis rose saumon, échancrées, s’arrêtant au pied
SporéeCrèmeRose
OdeurForte et écœurante, difficile à définirFarineuse, de pomme verte, puis désagréable
PiedGris blanchâtre, épais, base souvent renfléeBlanc, robuste, plein, sans anneau
SaisonD’octobre à décembreD’août à octobre
ComestibilitéDiscutée, déconseilléeToxique, gastro-entérite violente

Reconnaître le clitocybe nébuleux

Le clitocybe nébuleux est un gros champignon, souvent 10 à 15 cm de diamètre, à la chair épaisse et blanche. Son chapeau est gris cendré à gris brunâtre, plus pâle sur les bords, convexe puis aplati avec un large mamelon mou. Sa surface est hygrophane : elle change de teinte selon l’humidité, et elle donne au toucher une impression légèrement grasse, comme si une fine pruine la recouvrait.

Le point décisif est sous le chapeau. Les lames sont serrées, crème à jaunâtres, et surtout elles descendent le long du pied au lieu de s’arrêter net : on dit qu’elles sont décurrentes. Le pied est épais, gris blanchâtre, souvent renflé à la base, parfois légèrement coudé. L’odeur est forte, difficile à nommer, un peu écœurante, et beaucoup de cueilleurs la trouvent désagréable. Il pousse fréquemment en lignes ou en ronds, parfois par dizaines, tard dans la saison.

Reconnaître l’entolome livide

L’entolome livide est lui aussi un gros champignon charnu, mais son chapeau est blanc sale, ivoire ou gris jaunâtre, plus clair que celui du clitocybe, et il reste sec et lisse, avec un aspect un peu soyeux. Sa marge est longtemps enroulée et devient irrégulière, presque lobée, chez l’adulte. Le pied est blanc, massif, plein, sans anneau ni volve.

Sous le chapeau, tout change. Les lames sont d’abord blanches puis nettement rose saumon à maturité, et elles sont échancrées : elles s’arrêtent en formant une petite dent au contact du pied, sans descendre dessus. L’odeur est farineuse, rappelant la pomme verte coupée, et devient franchement désagréable avec l’âge. Il pousse volontiers sous chênes, charmes et hêtres, sur sols argileux ou calcaires, dès la fin de l’été.

Le test des lames et de la sporée

Schéma comparant les lames décurrentes et la sporée crème du clitocybe nébuleux aux lames échancrées et à la sporée rose de l'entolome livide
Les lames du clitocybe descendent sur le pied, celles de l’entolome s’arrêtent avant.

Retenez deux mots : décurrentes et échancrées. Chez le clitocybe nébuleux, les lames coulent sur le pied comme de la cire sur une bougie. Chez l’entolome livide, elles s’arrêtent avant le pied et forment un petit creux. Ce seul geste, retourner le champignon et regarder la jonction lames-pied, écarte la grande majorité des confusions.

Si le doute persiste, par exemple sur un exemplaire jeune dont les lames sont encore pâles, la sporée tranche définitivement. Elle est crème chez le clitocybe et franchement rose chez l’entolome. C’est simple à faire et cela demande seulement un peu de patience.

  1. Coupez le pied au ras du chapeau.
  2. Posez le chapeau, lames vers le bas, sur une feuille de papier blanc.
  3. Recouvrez d’un bol pour éviter les courants d’air.
  4. Attendez deux à quatre heures, puis soulevez : la poudre déposée donne la couleur.

Les erreurs à éviter

La première erreur est de se fier à la couleur du chapeau. Le clitocybe nébuleux pâlit beaucoup en séchant et peut devenir presque blanchâtre, tandis qu’un entolome poussé sous les feuilles peut paraître grisâtre. Les deux se retrouvent alors de la même teinte, et le chapeau ne dit plus rien.

La deuxième erreur est de ramasser en panier commun. Un entolome livide glissé au milieu d’une récolte de clitocybes contaminera le plat entier, et les symptômes arrivent vite. La troisième est de se reposer sur l’odeur : les deux espèces sentent fort et beaucoup de gens décrivent les deux comme désagréables. L’odeur est un indice, jamais une preuve.

Où les trouver

Les deux espèces fréquentent les bois de feuillus, les lisières, les parcs et les haies, et toutes deux apprécient les sols riches. L’entolome livide préfère les sols argileux ou calcaires sous chênes, charmes et hêtres, et sort d’août à octobre. Le clitocybe nébuleux est plus tardif, d’octobre à décembre, et supporte aussi les conifères et les tas de feuilles en décomposition.

Le chevauchement se joue donc surtout en octobre, dans les mêmes bois. C’est le mois où il faut être le plus attentif, et c’est précisément la période où les paniers se remplissent vite.

Peut-on manger le clitocybe nébuleux ?

C’est la vraie question, et la réponse a changé au fil des décennies. Le clitocybe nébuleux a longtemps été un comestible populaire, ramassé en quantité. Mais il est responsable de nombreuses intoxications digestives, parfois sévères, de façon irrégulière et mal expliquée : cuisson insuffisante, intolérance individuelle, exemplaires trop vieux, ou existence de formes plus toxiques que d’autres. En France, il est aujourd’hui considéré comme non comestible ou fortement suspect.

Sur ChampiWiki, il est donc classé parmi les espèces à ne pas consommer. Autrement dit : dans ce duo, aucun des deux champignons ne va au panier. Cela simplifie beaucoup la sortie en forêt, et cela rend la distinction utile pour une autre raison, savoir ce qu’on a devant soi et pouvoir le dire à quelqu’un qui s’apprêtait à le ramasser.

Pour aller plus loin sur ces deux espèces, voyez aussi mousseron de la Saint-Georges vs entolome livide, qui traite du piège de printemps, et entolome livide vs clitopile petit prune, une autre confusion fréquente.

FAQ rapide

  • La jonction entre les lames et le pied. Chez le clitocybe nébuleux, les lames descendent sur le pied. Chez l’entolome livide, elles s’arrêtent avant en formant une petite dent.

  • Non, il n’est pas mortel, mais il provoque une gastro-entérite violente qui peut mener à l’hôpital, surtout chez les enfants et les personnes âgées. C’est l’un des champignons les plus impliqués dans les intoxications en France.

  • Pour l’entolome livide, de trente minutes à quatre heures après le repas : vomissements, diarrhée, douleurs abdominales. En cas de doute, appelez un centre antipoison et gardez les restes du plat.

  • Il ne contient pas de toxine mortelle, mais il provoque des troubles digestifs de façon imprévisible. Il est aujourd’hui déconseillé en France, et ChampiWiki le classe parmi les espèces à ne pas consommer.

  • Oui, c’est le critère le plus fiable : crème pour le clitocybe, rose pour l’entolome. Comptez deux à quatre heures sur une feuille blanche, sous un bol.

Aucun de ces deux champignons ne doit finir dans une poêle. L’entolome livide est toxique et le clitocybe nébuleux est aujourd’hui déconseillé. Si vous avez mangé un gros champignon gris et que des troubles digestifs apparaissent dans les heures qui suivent, appelez le 15 ou un centre antipoison et conservez les restes du plat pour identification.