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Il existe des champignons qui émettent de la lumière. Pas une phosphorescence après exposition au soleil, pas un reflet : une vraie lumière produite par l’organisme lui-même, visible à l’œil nu dans l’obscurité complète.
Une quarantaine d’espèces sont concernées dans le monde, et plusieurs poussent en France. Encore faut-il savoir les chercher.
Une lumière verte, pas une légende
Le phénomène s’appelle la bioluminescence, la même que celle des lucioles et de certains organismes marins. Chez les champignons, la lumière émise est toujours d’un vert pâle, autour de 520 nanomètres.
Elle est faible. Très faible. Il faut une obscurité totale et une vingtaine de minutes d’adaptation de l’œil pour la percevoir. Aucune photo prise au téléphone sans trépied ne rendra ce que vous voyez.
Le phénomène est connu depuis l’Antiquité. Aristote et Pline l’Ancien mentionnent déjà ce bois qui luit, et les soldats des tranchées de 1914 s’en servaient, dit-on, pour marquer les chemins.
Comment ça marche
La réaction chimique est comparable à celle de la luciole. Une molécule appelée luciférine est oxydée par une enzyme, la luciférase, et cette oxydation libère de l’énergie sous forme de photons.
Chez les champignons, la luciférine impliquée est propre au règne fongique, et le mécanisme complet n’a été élucidé qu’assez récemment. Fait intéressant, l’émission suit un rythme circadien : elle est plus forte la nuit que le jour, alors même que le champignon vit dans le noir.
Les espèces lumineuses en France
Trois candidats sérieux, dont un seul est vraiment accessible.
Armillaire couleur de miel
Le plus fréquent. Ce n’est pas le champignon qui brille mais son mycélium, et surtout ses cordons noirs dans le bois mort. Très répandu en France.
Clitocybe de l’olivier
Le pleurote de l’olivier émet une lueur nette au niveau des lames. Méditerranéen, sur souches d’olivier et de chêne. Toxique.
Petites mycènes
Plusieurs mycènes lumineuses existent, sur bois pourri en milieu très humide. Discrètes et difficiles à déterminer.
Attention à une confusion fréquente : le pleurote de l’olivier n’est pas une girolle et il provoque de fortes intoxications digestives. Sa lueur est d’ailleurs un bon moyen de le démasquer. La fiche du pleurote de l’olivier, et celle de l’armillaire.
Le bois qui brille
C’est le phénomène le plus accessible, et il porte un nom : le bois pourri lumineux, ou foxfire en anglais.
Quand l’armillaire colonise une souche, son mycélium et surtout ses rhizomorphes, ces cordons noirs qui ressemblent à des lacets, envahissent le bois. C’est cette matière qui émet, pas le chapeau.
Un morceau de bois mort ramassé dans une forêt humide en automne, gardé quelques jours dans une boîte à l’abri du dessèchement, peut se mettre à luire. Le mycélium continue de vivre et de respirer.
Comment les observer
La saison. Automne, de septembre à novembre, quand l’humidité est maximale et le mycélium en pleine activité.
Le lieu. Une forêt de feuillus humide, avec beaucoup de bois mort au sol, loin de tout éclairage public. Une souche d’armillaire est un bon point de départ.
L’obscurité. Totale. Pas de lune si possible, et surtout pas de lampe frontale dans les vingt minutes qui précèdent. C’est la principale cause d’échec : on cherche avec la lampe allumée, on ne voit rien, on abandonne.
La patience. Asseyez-vous, éteignez tout, attendez que vos yeux s’adaptent. La lueur apparaît progressivement, comme une trace verdâtre dans le noir.
À quoi ça sert
La question reste débattue, ce qui est en soi intéressant. Trois hypothèses coexistent.
Attirer les insectes. Des expériences menées avec de faux champignons lumineux ont montré qu’ils attirent effectivement des insectes nocturnes, qui pourraient disperser les spores. C’est l’explication la mieux étayée pour les espèces dont ce sont les lames qui brillent.
Repousser les prédateurs. La lumière signalerait un organisme peu appétissant, comme les couleurs vives chez certains animaux.
Un simple sous-produit. La réaction pourrait n’être qu’un effet secondaire du métabolisme antioxydant, sans fonction propre. Cela arrive plus souvent qu’on ne le croit en biologie.
Pour le mycélium dans le bois, qu’aucun insecte ne voit, la troisième hypothèse reste la plus probable.
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Principalement l’armillaire couleur de miel, par son mycélium et ses cordons dans le bois mort, et le pleurote de l’olivier, dont les lames émettent une lueur nette. Quelques mycènes également.
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Toujours d’un vert pâle, autour de 520 nanomètres, quelle que soit l’espèce.
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Dans une forêt humide en automne, en obscurité totale, après une vingtaine de minutes d’adaptation de l’œil sans aucune lampe. La lumière est très faible.
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Trois hypothèses coexistent : attirer les insectes disperseurs de spores, repousser les prédateurs, ou un simple sous-produit du métabolisme sans fonction propre.
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Oui, un morceau de bois colonisé gardé humide dans une boîte peut continuer à luire quelques jours, le temps que le mycélium reste actif.
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Pas ceux dont il est question ici. Le pleurote de l’olivier est nettement toxique, et l’armillaire demande une cuisson prolongée et n’est pas toléré par tout le monde.
Cet article donne des repères généraux, il ne remplace pas une identification. Faites vérifier vos récoltes par un pharmacien formé à la mycologie ou par une société mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.