Les fiches pratiques

Un champignon pousse sur mon arbre : est-ce grave ?

Console de polypore soufré jaune orangé sur le tronc d'un vieux chêne vivant

Une console est apparue sur le tronc du vieux cerisier, ou une touffe de champignons au pied du chêne. La question tombe toujours de la même façon : est-ce que l’arbre est en train de mourir ? La réponse dépend entièrement de l’endroit où pousse le champignon et de l’espèce en cause.

Le diagnostic en un coup d’oeil

Où pousse-t-ilTypeSignificationNiveau d’alerte
Dans le sol, au piedMycorhizienPartenariat avec les racinesBonne nouvelle
Sur une soucheSaprophyteRecyclage du bois mortAucune
Sur une branche morteSaprophyteBranche à retirerFaible
Sur le tronc vivantParasite ou pourritureColonisation interne ancienneÉlevée
Au collet, en console dureGanodermeAtteinte de l’ancrageÉlevée
Touffes jaune miel au piedArmillaireParasite actifÉlevée

Trois situations très différentes

Un champignon au pied de l’arbre, dans le sol, est le plus souvent un mycorhizien : il vit en partenariat avec les racines et c’est une excellente nouvelle. Cèpes, russules, amanites, lactaires entrent dans cette catégorie. Leur présence signale un sol vivant et un arbre bien connecté.

Schéma des trois emplacements : sur le tronc, au collet et dans le sol
Tout se joue à l’emplacement : dans le sol c’est un partenaire, sur le tronc vivant c’est un problème.

Un champignon sur du bois mort, souche ou branche tombée, est un saprophyte : il recycle, il ne menace rien. C’est le travail normal de la forêt.

Un champignon sur le tronc ou les grosses charpentières d’un arbre vivant est le seul cas qui doit alerter. Il s’agit alors d’un parasite ou d’un décomposeur installé dans le bois de cœur, et sa fructification signifie que la colonisation interne est déjà ancienne.

Les champignons qui inquiètent

Touffe d'armillaires couleur de miel au pied d'un chêne vivant
L’armillaire progresse sous l’écorce par des rhizomorphes noirs, semblables à des lacets.

L’armillaire couleur de miel est le plus redouté des jardiniers. Il forme des touffes jaune miel au pied de l’arbre et progresse sous l’écorce par des rhizomorphes noirs, semblables à des lacets de chaussure. Il attaque des arbres vivants et peut tuer un sujet affaibli.

Le polypore soufré, grosse console jaune orangé sur chêne, saule ou cerisier, provoque une pourriture brune du bois de cœur : le tronc se creuse et devient cassant. L’arbre peut vivre encore longtemps, mais sa résistance mécanique diminue.

Les ganodermes, consoles brunes dures à la base du tronc, sont un signal sérieux car ils s’attaquent au collet et aux racines, c’est-à-dire à l’ancrage. Le ganoderme luisant, lui, est plutôt lié aux souches et aux racines mortes.

Ganoderme en console dure brune au collet d'un grand arbre
Au collet, un ganoderme s’attaque à l’ancrage de l’arbre : c’est le signal le plus sérieux.

Ceux qui ne posent pas de problème

La tramète versicolore, ces petites consoles zonées de brun, d’ocre et de gris, ne pousse que sur du bois déjà mort. Sur une souche, c’est normal. Sur une branche morte d’un arbre vivant, cela signale simplement que cette branche est à retirer.

L’oreille de Judas sur les sureaux, la pholiote changeante sur les souches et le pleurote en huître sur les troncs abattus relèvent de la même logique : ils recyclent du bois qui ne vit plus.

Enfin, les champignons de la pelouse autour de l’arbre ne concernent généralement pas l’arbre du tout : ils décomposent de vieilles racines ou du bois enterré.

Quand faire expertiser

Faites appel à un expert arboricole si l’arbre est grand, proche d’une habitation, d’une voie ou d’un lieu de passage, et qu’une console pousse sur le tronc ou au collet. Le risque n’est pas la mort de l’arbre à court terme, c’est la rupture mécanique.

Réunissez avant la visite quatre éléments, ce sont les premiers que l’expert demandera.

  • Des photos du champignon en place et de sa face inférieure.
  • La hauteur exacte à laquelle il pousse sur le tronc.
  • L’essence de l’arbre et son âge approximatif.
  • L’historique des travaux : élagage sévère, tranchée, tassement par des engins. Ces blessures sont presque toujours la porte d’entrée.

Les erreurs à éviter

Arracher la console ne sert à rien : le mycélium est dans le bois depuis des années et refructifiera. Badigeonner le tronc de fongicide ou de goudron n’atteint pas non plus le cœur du problème et abîme l’écorce saine.

Ne mangez jamais un champignon poussé sur un arbre de voirie ou en bordure de route : ces sujets accumulent les métaux lourds et les résidus. Et surtout, ne concluez pas trop vite : la présence d’un champignon dit qu’il faut regarder, pas qu’il faut abattre.

FAQ rapide

  • Pas nécessairement. Tout dépend de l’endroit : sur le tronc vivant c’est sérieux, dans le sol au pied c’est plutôt bon signe.
  • Cela ne sert à rien. Le mycélium est installé dans le bois depuis des années et refructifiera l’année suivante.
  • L’armillaire couleur de miel, qui attaque des arbres vivants, et les ganodermes qui s’attaquent au collet et à l’ancrage.
  • Dès qu’une console pousse sur le tronc ou au collet d’un grand arbre proche d’une habitation ou d’un passage.
  • Jamais s’ils poussent sur un arbre de voirie ou en bord de route : ils accumulent métaux lourds et résidus.

Une console sur le tronc d’un arbre vivant proche d’une maison ou d’un lieu de passage justifie une expertise arboricole. Le risque immédiat n’est pas la mort de l’arbre mais la rupture mécanique d’un tronc creusé de l’intérieur.