Les fiches pratiques

Champignons de printemps : que ramasser en mars, avril et mai ?

Morilles coniques au chapeau alvéolé poussant dans l'herbe au printemps

Pour beaucoup, la cueillette se résume à septembre et octobre. C’est oublier une saison entière, moins abondante mais qui produit certains des champignons les plus recherchés de France. Le printemps demande un œil différent : les espèces sont moins nombreuses, plus discrètes, et les milieux n’ont rien à voir avec ceux de l’automne.

Une saison méconnue

Après l’hiver, le sol se réchauffe et l’humidité reste élevée : des conditions idéales pour plusieurs espèces spécialisées. Elles ne sont pas en concurrence avec la foule d’automne, et les coins sont souvent déserts.

Le déclencheur est la température du sol plutôt que la pluie. La règle empirique la plus utilisée pour les morilles associe leur sortie à la floraison des prunelliers et à la levée des orties. En plaine, cela correspond à fin mars et avril, un mois plus tard en altitude.

Les espèces de mars et avril

La morille

La star de la saison. Chapeau alvéolé comme une éponge, brun à gris ou blond, et surtout entièrement creuse de la base du pied au sommet du chapeau, en une seule cavité. Ce caractère se vérifie en coupant l’exemplaire en deux dans la longueur, et c’est le geste qui la sépare du gyromitre. Elle est toxique crue et exige vingt minutes de cuisson.

La pézize orangée

Des coupes orange vif sur la terre nue des chemins. Comestible sans intérêt culinaire, mais facile à reconnaître et sans danger.

Le pleurote en huître

Il déborde de l’hiver sur le printemps, en touffes étagées sur les troncs de feuillus. Gris à brun, lames blanches très décurrentes.

Les espèces de mai

Le mousseron de la Saint-Georges

Il sort traditionnellement autour du 23 avril, d’où son nom. Chapeau crème à blanchâtre, charnu, lames blanches serrées, et une odeur de farine fraîche très marquée. Il pousse en cercles dans les prairies, les lisières et les haies. C’est un excellent comestible, mais il impose la prudence : l’entolome livide peut lui ressembler.

Le pleurote du panicaut

Première des deux saisons, d’avril à juin, dans les pelouses sèches du Midi, au pied des chardons roulants.

La pholiote du peuplier

En touffes sur les souches de peupliers et de saules, avec son anneau bien visible et son chapeau qui pâlit en séchant.

Le tableau du printemps

EspècePériodeMilieuVerdict
MorilleMars à maiSols remaniés, frênaies, vergersExcellente, bien cuite
Mousseron de la Saint-GeorgesAvril à juinPrairies, lisières, haiesExcellent
Pleurote du panicautAvril à juinPelouses sèches du MidiTrès bon
Pézize orangéeToute l’annéeTerre nue des cheminsSans intérêt
GyromitreMars à maiConifères, sols sableuxToxique, à écarter
Entolome livideDès le printempsBois clairsToxique

Les dangers spécifiques

Le gyromitre est le danger emblématique du printemps. Il pousse à la même période et dans des milieux voisins de ceux de la morille, et sa silhouette générale trompe. Il contient de la gyromitrine, toxique pour le foie et suspectée d’être cancérogène. Elle ne disparaît pas de façon fiable à la cuisson, et des intoxications graves sont documentées.

Deux critères le trahissent. Son chapeau est plissé et bosselé, comme une cervelle ou une noix, et non creusé d’alvéoles régulières. Et sa chair est cloisonnée, formant plusieurs cavités irrégulières, alors que la morille est creuse d’un seul tenant.

Le second danger est l’entolome livide, qui peut être confondu avec le mousseron de la Saint-Georges. Il est plus massif, ses lames sont jaunâtres puis rose sale et s’arrêtent au pied, et sa sporée est rose.

Où chercher

Les milieux de printemps ne sont pas ceux d’automne. Les morilles aiment les sols remaniés et perturbés : frênaies de bord de rivière, vergers, anciens brûlis, tas de copeaux, terrains fraîchement retournés, bords de chemins forestiers. Elles apprécient les sols calcaires et la présence de frênes, ormes, pommiers et peupliers.

Le mousseron de la Saint-Georges préfère les prairies et les haies, souvent en cercles bien marqués, sur sols calcaires eux aussi.

Un dernier conseil : la morille est mimétique. Son chapeau alvéolé se confond avec les feuilles mortes et les brindilles. Beaucoup de cueilleurs conseillent de s’accroupir et de balayer lentement du regard une petite surface, plutôt que de marcher en scrutant loin devant.

FAQ rapide

  • Oui, et parmi les plus recherchés : morilles, mousseron de la Saint-Georges, pézizes.
  • De mars à mai selon l’altitude, souvent quand fleurissent les prunelliers et que les orties poussent.
  • Oui, il contient de la gyromitrine, une substance toxique et suspectée cancérogène. À écarter absolument.
  • Oui, vingt minutes au minimum. Crues ou mal cuites, elles sont franchement toxiques.
  • Sur sols remaniés, frênaies, vergers, anciens brûlis, souvent près des cours d’eau.

Le printemps a son piège mortel : le gyromitre, confondu avec la morille. Une morille a un chapeau alvéolé comme une éponge et est creuse de la base au sommet. Un gyromitre a un chapeau plissé comme une cervelle et une chair cloisonnée.